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Le mythe de "genius"

Je suis tombée sur une idée fascinante, mise en avant et explorée par le psychanalyste Jungien Michael Meade. C’est l’idée de notre genius. Pas notre génie ou intelligence exceptionnelle, mais plutôt le don extraordinaire que chacun d’entre nous possède : « la spécificité essentielle de chaque personne et les dons et talents qui forment le cœur de leur vie intérieure ».


J’ai eu le plaisir d’assister à une rencontre au sommet d’individuation, organisée par Jung Platform, « une espace d’éducation en ligne qui offre des multiples perspectives de psychologie des profondeurs et spirituelles ». Le titre de la conférence m’a tout de suite attirée : Engaging with your genius.


Le sens du verbe engage est grand. Il s’agit d’engager le dialogue avec votre don extraordinaire, d’attirer son attention, d’éveiller son intérêt et de l’impliquer dans votre vie, afin de collaborer avec lui et de vivre votre destin tout en servant à la communauté.


2 voies pour découvrir notre genius


Dans son entretien, Meade a abordé plusieurs idées intéressantes sur le sujet du genius. Ce qui m’a le plus interpellée, c'était les deux voies, et la deuxième en particulier, pour découvrir notre propre genius : les deux points de contact possibles pour commencer ce travail de engaging with your genius.


Première voie : nos talents et dons


La première voie de prise de contact avec notre genius se fait par la prise de connaissance de nos talents et dons. Souvent, nous découvrons ce qui nous fascine et ce que nous faisons avec passion et facilité lorsque nous sommes jeunes.


C’est un excellent point de départ, mais malheureusement cela n’aboutit pas toujours, car nous avons besoin, au moment de la découverte de notre don spécifique (ou un de nos dons), de recevoir la permission d’une personne que nous respectons et qui nous respecte.


Nous avons besoin d’un entourage encourageant et bienveillant, qui peut nous aider à cultiver ce germe de talent en nous.


D'ailleurs, Meade travaille avec les éducateurs afin de les former pour jouer ce rôle de mentor des jeunes en difficulté. Mais ce travail ne vise pas uniquement ces jeunes là : cela vaut pour chacun d’entre nous. Nous ne pouvons pas développer notre talent personnel seul.


Or, ce n’est pas toujours évident de reconnaître un don pour ce qu’il est, surtout si ce don, cette fascination, en allant parfois jusqu’à l’obsession, mène à des expressions qui ne sont pas valorisées au sein de notre famille ou de notre culture. L’autre, la famille, et notre culture doivent y répondre favorablement sinon notre genius reste endormi.


Deuxième voie : nos blessures


Heureusement il existe une deuxième voie pour atteindre notre genius : c’est celle de nos blessures : our wounds. Selon Meade, nous sommes très proches de notre don extraordinaire lorsque nous considérons nos traumatismes ou notre souffrance.


Ainsi nous relate-t-il une histoire de sa jeunesse, où il s’est trouvé séquestré à 13 ans par un gang d’adolescents brandissant face à lui couteaux et fusils. Il a craint pour sa vie et il s’en est sorti « en racontant une histoire ». Plus tard, au cours de sa vie, il s’est rendu compte que son genius était la narration.


Meade nous invite donc à nous remémorer les ressources que nous avons déployées afin de nous sortir de moments critiques dans nos vies.


Ces ressources sont nos talents.


Cette deuxième voie nous donne une autre pièce du puzzle, une autre approche à cette idée rassurante que nos malheurs peuvent servir, finalement, à quelque chose de bien : à notre épanouissement, à trouver notre place dans le monde, à notre individuation, mais seulement si nous sommes prêts à réaliser le travail intérieur nécessaire pour y arriver.


Peggy Vermeesch


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